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Par Manuella De Luca, Institut MGEN de La Verrière, MGEN, France.

Les conditions de travail en milieu universitaire sont un objet d’étude qui doit être pris en compte lors de l’évaluation de la santé mentale dans les institutions universitaires. La définition d’une carrière académique offrant une certitude à ceux qui choisissent cette voie de développement professionnel est nécessaire à la consolidation d’un système scientifique et technologique capable de répondre aux défis contemporains: si l’environnement dans lequel les groupes de recherche développent leur travail quotidien ne répond pas aux critères minimaux de la santé au travail, et si la compensation financière ne garantit pas une situation d’emploi stable, les chances d’obtenir des résultats utiles dans un environnement de plus en plus concurrentiel, comme la Global Academy, sont considérablement réduites.

L’entrée à l’université génère, révèle des souffrances psychiques liées notamment au vécu d’isolement et à la séparation d’avec le milieu familial. L’échec en première année du cursus universitaire est souvent le prix payé à ce malaise de même que l’entrée . Dans le cadre d’une convention avec l’université de Saint-Quentin en Yvelines, nous souhaitons montrer comment la mise en place d’une consultation d’évaluation et d’orientation gratuite pour les étudiants de même qu’une unité dédiée de soins et de réintégration scolaire à l’Institut MGEN La Verrière, favorise la prise en charge de souffrances psychiques sévères (dépression, crise suicidaire, anorexie…) tout en maintenant un investissement de la scolarité. Cette unité de 20 lits, accueille des adolescents et des jeunes adultes de 17 à 25 ans du dimanche soir au samedi matin. Cette unité ouverte accompagne ces jeunes vers une reprise ou une redéfinition de leur projet scolaire et professionnel.

L’expression contemporaine de la souffrance psychique à l’entrée dans l’âge adulte a déplacé l’expression clinique vers une symptomatologie centrée sur des agirs en négatifs comme dans les syndromes de claustrations sévères Hikikomori ou les attaques centrées sur le corps (tentatives de suicides, troubles des conduites alimentaires et scarification). Le confinement lié à l’épidémie de covid 19 a majoré l’ensemble de ces conduites, entraînant chez certains étudiants un isolement, des angoisses face à tout projet de sortie en dehors du domicile, des idéations suicidaires et une majoration du temps consacré aux jeux vidéo, aux réseaux sociaux et à internet. Le recours paradoxal à une hospitalisation dans les cas les plus sévères permet une reprise tempérée et médiatisée des relations avec les autres et avec un projet de reprise universitaire. A partir de plusieurs vignettes cliniques nous verrons comment la présence de professeurs sur l’unité d’hospitalisation et l’utilisation de la scolarité comme médiation thérapeutique favorise l’accès aux soins et une réassurance narcissique favorable à la reprise des cours. Le travail dès les premiers temps de l’hospitalisation sur le lien avec l’extérieur et l’université limite les possibles effets délétères d’une hospitalisation classique. Le recours aux médiations groupales réinstalle des liens entre pairs indispensables à cet âge de construction subjectale et d’entrée dans le monde adulte.