Mental Health On University Compuses

Marcher entre les bords Approche des dilemnes des jeunes sur la santé mentale, les émotions et le camp universitaire à Lima au Pérou.

Par Luis Alberto Suarez Rojas, Docteur en Sciences sociales et Anthropologie, Universidad Nacional Mayor de San Marcos, Pérou.

Au Pérou, la santé mentale a fait l’objet d’une grande attention de la part de la santé publique et de la société. Néanmoins, c’est le domaine qui a la plus grande dette historique, traversée par de profondes asymétries et inégalités. La stigmatisation, l’isolement et l’aliénation structurelle marquent profondément les limites des opportunités. Aujourd’hui, les jeunes ayant des problèmes de santé mentale sont confrontés à de nombreuses difficultés, en particulier ceux issus des secteurs pauvres et vulnérables qui fréquentent les universités publiques de Lima. En fait, ces cinq dernières années, les universités publiques ont intégré un discours fort centré sur l’esprit d’entreprise (entrepreneurship), l’innovation, la flexibilité et les compétences comportementales (soft skills). Tout cela est renforcé par la façon dont l’hégémonie néolibérale conçoit le succès et la vie. Cependant, une autre réalité est que de nombreux étudiants doivent vivre dans l’ombre de ces réussites, car ils camouflent leurs problèmes de santé mentale, tentent de s’isoler et, dans certains cas, vivent en marge. En ce sens, l’entrée à l’université représente un effort personnel et familial. Aujourd’hui, essayer de faire face à la situation est un défi majeur pour ceux qui vivent avec une maladie mentale plus ou moins intense. Ainsi, cet article tente d’analyser les défis, les dilemmes et le récit des étudiants universitaires qui vivent ces souffrances.  Bien entendu, je m’appuierai sur une approche des récits de vie et sur l’observation ethnographique. Notre proposition est d’analyser la relation entre la santé mentale, les émotions et le domaine universitaire (le cas de l’Universidad Nacional Mayor de San Marcos – Lima), en considérant les difficultés des étudiants, leurs récits de souffrance, les éventuels déterminants (drivers), le moment de la crise, la carrière curative et leurs visions de l’université publique. Dans cette direction, il sera important de relier deux sphères imbriquées, l’environnement familial et social comme la pauvreté et la vulnérabilité, et une deuxième sphère liée au domaine universitaire, tant la dimension pédagogique-bureaucratique que son aspect relationnel (réseau social, liens et facteurs de risque).  Enfin, aujourd’hui avec le scénario COVID-19, nous inclurons ce nouvel angle pour intégrer la manière dont ils gèrent leurs émotions dans ce contexte de classes en ligne, de distanciation sociale et de quarantaine. Enfin, nous souhaitons appeler à la réflexion tant de la communauté académique que des décideurs (decision makers et policy makers) pour élargir leur vision articulée autour de la pathologie des problèmes mentaux et revendiquer l’importance de voir leur vie à partir de la multidimensionnalité et des fortes asymétries sociales.